25 heures sup pour CHF 1 218 brut : le calcul concret
Marc travaille comme chef de projet dans une PME à Lausanne. Son salaire mensuel brut s'élève à CHF 7 200 pour un horaire contractuel de 42 heures par semaine. En mars, un déploiement logiciel lui impose 25 heures supplémentaires. Combien valent-elles ?
Son taux horaire de base : CHF 7 200 / (42 × 52 / 12) = CHF 39.56/h. Avec la majoration légale de 25 % prévue par le CO art. 321c, le taux majoré passe à CHF 49.45/h. Pour 25 heures, cela donne CHF 1 236.26 brut. Après déduction des cotisations sociales employé (~7.8 %), Marc perçoit environ CHF 1 139.83 net avant impôt.
Si Marc choisit la compensation en temps, il obtient 25 heures de congé (soit 3.1 jours ouvrés), sans majoration financière mais aussi sans charge sociale supplémentaire.
Heures supplémentaires vs travail supplémentaire : deux régimes distincts
Le droit suisse distingue deux notions que les employeurs et les salariés confondent régulièrement.
Les heures supplémentaires (Überstunden) relèvent du Code des obligations, art. 321c. Elles correspondent aux heures effectuées au-delà de l'horaire contractuel, mais en deçà du maximum légal hebdomadaire. Cet horaire maximum est fixé par la Loi sur le travail (LTr) à 45 heures pour le personnel de bureau, le personnel technique et les employés du commerce de détail dans les grandes entreprises, et à 50 heures pour tous les autres travailleurs.
Le travail supplémentaire (Überzeit) intervient lorsque le salarié dépasse ce plafond légal. La LTr (art. 12-13) encadre strictement ce régime : le maximum annuel est de 170 heures pour les salariés soumis à la semaine de 45 heures, et de 140 heures pour ceux soumis à la semaine de 50 heures. La majoration de 25 % devient obligatoire dès la 61e heure annuelle de travail supplémentaire pour les employés au plafond de 45h.
Prenons un exemple concret à Zurich. Sandra, assistante administrative, a un contrat de 40h/semaine dans une fiduciaire. Si elle travaille 44 heures une semaine donnée, les 4 heures excédentaires sont des heures supplémentaires (CO). Si elle atteint 47 heures, les 5 premières heures au-delà du contrat (40 à 45h) sont des heures supplémentaires, et les 2 heures restantes (45 à 47h) constituent du travail supplémentaire soumis à la LTr.
Majoration de 25 % : quand s'applique-t-elle ?
La majoration de 25 % prévue par l'art. 321c al. 3 CO n'est pas automatique. Elle s'applique uniquement lorsque les heures supplémentaires sont rémunérées et qu'aucun accord écrit ne prévoit de compensation en temps. En pratique :
- Si le contrat prévoit une compensation en temps de durée équivalente, aucune majoration n'est due.
- Si le contrat est muet, l'employeur a le choix entre payer (avec 25 %) ou compenser en temps (sans majoration), avec l'accord du salarié.
- Certaines CCT prévoient des taux supérieurs (30 %, 50 % pour le travail de nuit ou du dimanche).
Attention : une clause contractuelle ou une CCT peut exclure toute majoration pour les heures supplémentaires. Vérifiez toujours votre contrat de travail.
Compensation en temps ou paiement : le choix stratégique
Le paiement des heures sup génère un revenu supplémentaire soumis aux cotisations AVS/AI/APG (5.3 %), AC (1.1 %), AANP et LPP, ainsi qu'à l'impôt sur le revenu. Pour un salarié à Genève avec un taux marginal d'imposition de 30 %, la majoration de 25 % se réduit nettement après prélèvements.
Reprenons le cas de Marc à Lausanne : ses CHF 1 236.26 brut deviennent CHF 1 139.83 après cotisations, puis environ CHF 855 après impôt cantonal et fédéral (estimation pour un taux marginal de 25 %). S'il prend 25 heures de congé à la place, il conserve son salaire habituel sans charge supplémentaire et gagne 3.1 jours de repos.
Le paiement reste avantageux si vous avez besoin de liquidités ou si votre taux marginal d'imposition est faible. La compensation convient mieux aux salariés fortement imposés ou en situation de surcharge prolongée. Notre calculateur temps partiel peut vous aider à évaluer l'impact d'une réduction d'horaire comme alternative aux heures sup récurrentes.
Cotisations sociales et impact fiscal
La rémunération des heures supplémentaires, majoration incluse, fait partie du salaire déterminant AVS. Elle apparaît dans le certificat de salaire annuel et augmente le revenu imposable. Voici les prélèvements côté employé en 2026 :
- AVS/AI/APG : 5.3 %
- Assurance-chômage (AC) : 1.1 %
- AANP : variable selon la branche (0.5 % à 3 %)
- LPP : applicable si le salaire annuel dépasse le seuil d'entrée (CHF 22 680 en 2026)
Pour un employeur à Berne, le coût total d'une heure supplémentaire inclut aussi sa part de cotisations (environ 6.4 % pour AVS/AI/APG/AC). Consultez notre calculateur du coût employé pour estimer la charge patronale complète.
Limites légales et protection du salarié
L'employeur ne peut exiger des heures supplémentaires que si elles sont nécessaires et si le salarié peut raisonnablement les effectuer (CO art. 321c al. 1). La LTr ajoute des garde-fous : interdiction de dépasser la durée maximale hebdomadaire de manière systématique, respect des temps de repos (11 heures consécutives entre deux journées de travail), et protection renforcée pour les femmes enceintes et les jeunes travailleurs.
Le SECO (Secrétariat d'État à l'économie) publie des commentaires et directives sur l'application de la LTr. En cas de litige, le Tribunal des prud'hommes est compétent. Le salarié dispose de 5 ans pour faire valoir son droit au paiement ou à la compensation (délai de prescription, CO art. 128).
Comment calculer vos heures supplémentaires
La formule utilisée par notre calculateur repose sur trois étapes :
- Taux horaire de base = Salaire mensuel brut / (Heures contractuelles par semaine × 52 / 12)
- Taux majoré = Taux horaire × (1 + taux de majoration)
- Montant brut = Nombre d'heures sup × Taux majoré
Le montant net est obtenu en déduisant les cotisations sociales employé. L'impôt sur le revenu n'est pas inclus dans le calcul, car il dépend de votre canton de résidence et de votre situation familiale. Pour estimer l'impact sur votre 13e salaire, vérifiez si votre contrat intègre les heures supplémentaires dans l'assiette de calcul.
Sources et méthodologie
Ce calculateur et cet article s'appuient sur les textes suivants :
- Code des obligations (CO), art. 321c — heures supplémentaires, majoration de 25 %, compensation en temps.
- Loi sur le travail (LTr), art. 9 (durée maximale), art. 12-13 (travail supplémentaire, plafonds annuels).
- Ordonnance 1 relative à la LTr (OLT 1) — précisions sur le calcul des heures et les exceptions.
- SECO — Commentaire de la loi sur le travail, édition 2026.
- OFAS — Barèmes de cotisations AVS/AI/APG/AC en vigueur au 1er janvier 2026.
Les montants calculés sont des estimations. En cas de doute, consultez votre convention collective de travail ou un juriste spécialisé en droit du travail.