Aide sociale en Suisse : le dernier filet de sécurité
Marco, 41 ans, vit seul à Bienne. Après un licenciement et 18 mois d'indemnités de chômage, ses droits sont épuisés. Son loyer s'élève à 1'050 CHF charges comprises, il n'a plus que 2'800 CHF d'épargne et aucun revenu. En déposant une demande auprès du service social de sa commune, il pourrait recevoir environ 2'031 CHF par mois — soit 1'031 CHF de forfait d'entretien, ~600 CHF de prime LAMal et le solde pour son loyer plafonné. Ce montant, calculé selon les normes CSIAS, constitue le minimum vital social garanti par le canton de Berne.
Comment fonctionne le calcul de l'aide sociale
Le principe est simple : l'aide sociale comble l'écart entre vos dépenses reconnues et vos revenus déterminants. Trois postes composent les dépenses reconnues :
- Le forfait d'entretien CSIAS — il couvre l'alimentation, les vêtements, les transports, l'hygiène et les loisirs modestes. Pour une personne seule : 1'031 CHF/mois. Pour un couple : 1'578 CHF/mois.
- Le loyer effectif, plafonné selon la taille du ménage et la zone géographique. À Lausanne ou Zurich, le plafond pour une personne seule tourne autour de 1'200 à 1'300 CHF. En zone rurale dans le Jura ou en Appenzell, il descend à 700-850 CHF.
- La prime LAMal de base, prise en charge directement (~400 CHF/mois par adulte, ~110 CHF par enfant), nette des subsides LAMal déjà perçus.
Les revenus déterminants comprennent le salaire, les rentes, les pensions alimentaires reçues et toute autre prestation sociale. Un mécanisme de franchise — généralement 400 CHF/mois sur le revenu d'activité — permet au bénéficiaire de conserver une partie de son salaire sans réduction de l'aide.
Exemple chiffré : famille avec deux enfants à Genève
Nadia et Karim vivent à Genève avec leurs deux enfants (6 et 9 ans). Karim travaille à 50 % et gagne 2'200 CHF nets par mois. Leur loyer s'élève à 1'800 CHF.
- Forfait d'entretien (4 personnes) : 2'208 CHF
- Loyer reconnu (plafonné à Genève pour 4 personnes) : 1'800 CHF
- LAMal (2 adultes + 2 enfants, après subsides) : ~620 CHF
- Total des dépenses reconnues : 4'628 CHF
Côté revenus : 2'200 CHF de salaire moins la franchise activité de 400 CHF = 1'800 CHF de revenus déterminants. L'aide sociale estimée serait donc de 4'628 − 1'800 = 2'828 CHF/mois, soit 33'936 CHF sur l'année.
Le principe de subsidiarité
L'aide sociale n'intervient qu'en dernier recours. Avant de déposer une demande, vous devez avoir épuisé ou fait valoir :
- Les indemnités de chômage (si vous y avez droit)
- Les prestations complémentaires AVS/AI (si vous touchez une rente)
- Les subsides à l'assurance maladie
- Les pensions alimentaires dues par un ex-conjoint ou un parent
- Votre propre fortune (l'épargne doit être en dessous du seuil : 4'000 CHF pour une personne seule, 8'000 CHF pour un couple)
Le service social vérifie systématiquement ces points. Toute prestation non réclamée sera considérée comme un revenu potentiel.
Un système cantonal, pas fédéral
Contrairement à l'AVS ou à l'assurance-chômage, l'aide sociale est régie par 26 lois cantonales distinctes. Les normes de la Conférence suisse des institutions d'action sociale (CSIAS/SKOS) servent de référence, mais n'ont pas force de loi. Conséquence directe : un même ménage peut recevoir des montants différents selon qu'il réside à Bâle-Ville, à Lucerne ou dans le canton de Vaud.
Les principales différences entre cantons portent sur les plafonds de loyer, le montant de la franchise sur le revenu d'activité, les suppléments d'intégration et surtout l'obligation de remboursement. Le canton de Berne applique un remboursement strict sur dix ans en cas d'amélioration financière, tandis que Genève a supprimé cette obligation pour la majorité des situations depuis 2012.
Franchise sur le revenu : travailler reste rentable
Un point souvent méconnu : l'aide sociale ne pénalise pas intégralement le travail. La franchise sur le revenu d'activité (appelée aussi « Einkommensfreibetrag ») garantit que les premiers 400 à 700 CHF gagnés par mois restent dans la poche du bénéficiaire. Ce mécanisme vise à éviter le « piège de l'aide sociale » où reprendre un emploi n'apporterait aucun gain net.
Certains cantons accordent en plus un supplément d'intégration (100 à 300 CHF/mois) pour les personnes engagées dans un programme d'insertion, une formation ou un emploi à temps partiel.
Démarches pratiques
La demande se dépose auprès du service social de votre commune de domicile (ou du centre social régional selon le canton). Vous devrez fournir :
- Pièce d'identité et permis de séjour (le cas échéant)
- Bail à loyer et justificatif de loyer
- Relevés bancaires des trois derniers mois
- Fiches de salaire ou décision de l'assurance-chômage
- Police d'assurance maladie
Le délai de traitement varie de quelques jours (urgence) à quatre semaines. En situation de détresse immédiate, une aide d'urgence peut être versée avant l'examen complet du dossier.
Sources et méthodologie
Ce calculateur s'appuie sur les normes CSIAS/SKOS 2026, qui définissent le forfait d'entretien et les principes de calcul appliqués dans la majorité des cantons. Les plafonds de loyer sont issus des directives cantonales (lois sur l'aide sociale de chaque canton). Les montants LAMal de référence proviennent des primes moyennes publiées par l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). Les données statistiques sur le taux de bénéficiaires et les montants versés sont tirées de la statistique de l'aide sociale de l'OFS.
L'estimation fournie est indicative. Le montant réel dépend de l'examen individuel par le service social compétent, qui peut accorder des prestations circonstancielles (frais médicaux, lunettes, déménagement) non couvertes par ce calcul.
Source : CSIAS/SKOS, normes 2026 — OFS, statistique de l'aide sociale — Lois cantonales sur l'aide sociale. Estimation indicative.