Un graphiste indépendant à Lausanne (VD) gagne 95’000 CHF net par an. Ses cotisations AVS/AI/APG : 9’500 CHF. Son collègue salarié avec le même revenu brut ? Il paie 5’300 CHF — l’employeur couvre le reste. L’indépendant paie tout seul. Pas de part employeur, pas de LPP obligatoire, pas d’assurance-chômage. En contrepartie, il a accès à des déductions que le salarié ne peut pas toucher — et un pilier 3a cinq fois plus élevé.
Charges sociales : ce que l’indépendant paie vraiment
AVS/AI/APG : 10 % maximum
La cotisation AVS/AI/APG pour les indépendants atteint 10 % du revenu net d’activité lucrative dès 60’500 CHF par an (AVS 8.1 % + AI 1.4 % + APG 0.5 %). En dessous de ce seuil, un barème dégressif réduit le taux. (Source : OFAS, mémento 2.02, barèmes 2026)
| Revenu net annuel | Taux de cotisation |
|---|---|
| Moins de 10’100 CHF | Cotisation minimale : 530 CHF/an |
| 10’100 – 60’500 CHF | 5.371 % à 10 % (barème dégressif) |
| 60’500 CHF et plus | 10 % |
Avant le calcul, un intérêt théorique de 1 % sur le capital propre investi dans l’entreprise est déduit du revenu net. Pour un indépendant avec 200’000 CHF de capital investi, ça représente 2’000 CHF de revenu en moins pour le calcul des cotisations.
Comparaison avec le salarié : un salarié paie 5.3 % de cotisations AVS/AI/APG, et son employeur verse les mêmes 5.3 %. Total : 10.6 %. L’indépendant paie 10 % seul — légèrement moins au total, mais il assume tout.
Pas d’AC, pas de LPP obligatoire
L’indépendant n’est pas soumis à l’assurance-chômage (AC). Il ne cotise pas et n’a aucun droit aux indemnités en cas de cessation d’activité. Il n’est pas non plus affilié obligatoirement à une caisse de pension (LPP). Ces deux absences représentent une économie de charges — mais aussi un risque de protection sociale nettement inférieur à celui du salarié.
Attention : l’absence de LPP signifie que votre retraite reposera uniquement sur l’AVS et votre prévoyance individuelle. Avec une rente AVS maximale de 2’520 CHF/mois, le trou est béant si vous n’avez pas cotisé au 2e ou 3e pilier. (Source : OFAS, barèmes AVS 2026)
Le pilier 3a de l’indépendant : jusqu’à 36’288 CHF
C’est l’avantage fiscal le plus puissant du statut d’indépendant. Si vous n’êtes pas affilié à une caisse de pension LPP, vous pouvez verser jusqu’à 20 % de votre revenu net au pilier 3a, plafonné à 36’288 CHF par an. (Source : OFAS, barèmes 2026)
| Situation | Plafond 3a annuel |
|---|---|
| Salarié affilié LPP | 7’258 CHF |
| Indépendant affilié LPP (volontaire) | 7’258 CHF |
| Indépendant sans LPP | 36’288 CHF (20 % du revenu net) |
Un indépendant avec 120’000 CHF de revenu net et sans LPP peut verser 24’000 CHF (20 % × 120’000) dans son 3a. À un taux marginal de 35 %, l’économie d’impôts atteint 8’400 CHF par an — trois fois plus qu’un salarié.
L’affiliation volontaire à une LPP a ses propres avantages (couverture risque décès/invalidité, possibilité de rachats déductibles). Mais la déduction 3a, bien plus large pour un indépendant, reste sous-utilisée.
→ Calculez l’impact fiscal de votre 3a
Déductions professionnelles : tout ce qui passe
L’indépendant déduit toutes les charges justifiées par l’usage commercial de son revenu imposable. Le fisc accepte les déductions suivantes, à condition qu’elles soient documentées :
- Loyer du bureau ou part professionnelle du logement (si bureau à domicile)
- Matériel et équipement — ordinateur, mobilier, outils. Amortissable sur 3 à 5 ans.
- Véhicule professionnel — part professionnelle uniquement. Tenez un journal de bord.
- Assurances professionnelles — RC, perte de gain, assurance juridique
- Téléphone et internet — part professionnelle (50 à 80 % selon l’activité)
- Formation continue — jusqu’à 12’000 CHF si liée à votre activité
- Cotisations AVS/AI/APG — intégralement déductibles
- Frais de représentation et déplacement — repas d’affaires, transport
Bon à savoir : si vous travaillez depuis votre domicile, vous pouvez déduire une part proportionnelle de votre loyer. Un bureau qui occupe 20 % de la surface habitable permet de déduire 20 % du loyer. Pour un loyer de 2’000 CHF/mois, c’est 4’800 CHF/an de déduction.
Raison individuelle vs Sàrl : quel régime choisir
Le choix de la forme juridique a un impact fiscal direct.
Raison individuelle
- Le bénéfice est ajouté à votre revenu personnel
- Une seule imposition (impôt sur le revenu)
- Aucune formalité de création (pas d’inscription au RC obligatoire sous 100’000 CHF de chiffre d’affaires)
- Responsabilité illimitée sur votre patrimoine personnel
Sàrl / SA
- Le bénéfice est imposé au niveau de la société (impôt sur le bénéfice : 12 à 24 % selon le canton)
- Votre salaire et vos dividendes sont imposés une seconde fois au niveau personnel
- Double imposition partielle — les dividendes qualifiés sont imposés à 50-70 % selon le canton
- Capital minimum : 20’000 CHF (Sàrl) ou 100’000 CHF (SA)
- Responsabilité limitée au capital investi
La règle empirique : en dessous de 100’000 à 150’000 CHF de bénéfice annuel, la raison individuelle est souvent plus avantageuse fiscalement. Au-delà, la Sàrl permet de jouer sur le ratio salaire/dividende pour réduire la charge globale.
Exemple : un consultant indépendant à Genève (GE) dégage 180’000 CHF de bénéfice.
- En raison individuelle : 180’000 CHF imposés comme revenu personnel → taux marginal ~35 %, impôt ~45’000 CHF + cotisations AVS 18’000 CHF = ~63’000 CHF
- En Sàrl : salaire 100’000 CHF + dividende 60’000 CHF (après impôt société ~15 %). Impôt société ~12’000 CHF + impôt personnel ~28’000 CHF + cotisations AVS salarié+employeur ~11’000 CHF = ~51’000 CHF
L’économie potentielle : ~12’000 CHF/an. Mais la Sàrl a des coûts administratifs (comptabilité, fiduciaire) qui réduisent l’avantage.
Pertes fiscales : sept ans actuellement, dix ans dès 2028
Le délai actuel de compensation des pertes est de sept ans. La prolongation à dix ans entrera en vigueur le 1er janvier 2028 et visera les pertes survenues à partir de la période fiscale 2020. Conservez par exercice les pertes admises et les montants déjà compensés ; une perte ne se déduit pas deux fois. Source : AFC, décision du 18 septembre 2026.
Protection sociale : deux dates à préparer pour 2027
L’accès à l’assurance-accidents facultative des indépendants sera abaissé de 66’690 à 44’460 CHF par an au 1er janvier 2027, avec une possibilité d’adaptation pour le temps partiel. La LAA reste facultative pour l’indépendant. Source : OFSP, 26 août 2026.
Au 1er juillet 2027, l’harmonisation des APG étendra notamment l’allocation d’exploitation aux indépendants bénéficiant d’un congé parental indemnisé. Séparez dans vos prévisions les droits actuels et ces futures prestations, puis conservez les décomptes de la caisse. Source : OFAS, 26 août 2026.
Ce qu’il faut retenir
- AVS/AI/APG = 10 % du revenu net dès 60’500 CHF — vous payez tout seul, pas de part employeur
- Pas d’AC ni de LPP obligatoire — économie de charges mais risque de protection insuffisante à la retraite
- Le pilier 3a monte à 36’288 CHF/an sans LPP — c’est 5× plus que le salarié et l’économie d’impôts peut dépasser 8’000 CHF
- Déduisez tout ce qui est professionnel — bureau, véhicule, matériel, formation. Gardez chaque justificatif.
- La Sàrl devient intéressante au-delà de 100-150k de bénéfice — en dessous, la raison individuelle est plus simple et souvent moins chère