Impôt à la source en Suisse : guide complet
Barèmes A, B, C, H, TOU, rectification : tout comprendre sur l'impôt à la source en Suisse pour les permis B et L, avec exemples par canton.
Vous travaillez en Suisse avec un permis B. Chaque mois, votre employeur retient un montant directement sur votre salaire — l’impôt à la source. Vous n’avez rien demandé, rien rempli. Le prélèvement est automatique. Mais est-ce le bon montant ? Pour beaucoup de salariés étrangers en Suisse romande, la réponse est non. Un barème mal appliqué, une situation familiale non mise à jour, des déductions ignorées : la surfacturation peut atteindre 3’000 à 5’000 CHF par an.
Qui est imposé à la source — et qui ne l’est plus
L’impôt à la source concerne les travailleurs étrangers qui n’ont pas le permis d’établissement C. (Source : LIFD, art. 83-84)
Soumis à l’impôt à la source :
- Permis B (séjour annuel)
- Permis L (court séjour)
- Frontaliers (selon conventions cantonales)
Non soumis :
- Permis C (établissement) → taxation ordinaire automatique
- Nationalité suisse → taxation ordinaire
Le jour où vous obtenez votre permis C, vous basculez vers la déclaration d’impôts classique. Ce changement est automatique — vous n’avez pas de démarche à faire. Mais attention : la première déclaration après le passage au permis C peut réserver des surprises, surtout si vos déductions réelles sont supérieures à ce que le barème source couvrait forfaitairement.
Bon à savoir : les frontaliers ont un régime spécifique qui varie par canton. À Genève (GE), les frontaliers sont imposés à la source en Suisse. Dans le canton de Vaud (VD), ceux résidant en France et travaillant en VD sont imposés en France (sauf exceptions). Les règles dépendent de conventions bilatérales — vérifiez votre situation.
Les barèmes A, B, C, H : lequel s’applique à vous
Le montant prélevé chaque mois dépend du barème qui vous est attribué. Il en existe quatre principaux. (Source : AFC, ordonnance impôt à la source 2026)
| Barème | Situation | Qui est concerné |
|---|---|---|
| A | Célibataire, sans enfant | Personne seule, divorcée ou séparée sans enfant à charge |
| B | Marié, un seul revenu | Couple dont un seul conjoint travaille en Suisse |
| C | Marié, deux revenus | Couple dont les deux conjoints ont un revenu |
| H | Monoparental | Parent seul avec au moins un enfant à charge |
Le barème B est le plus avantageux pour un même salaire : il intègre la situation du ménage à un seul revenu. Le barème A est le plus lourd. Le barème H se situe entre les deux.
Le piège du barème C : le revenu théorique du conjoint
C’est le mécanisme le moins compris — et celui qui coûte le plus cher aux couples. Quand vous êtes au barème C, l’administration fiscale estime le revenu total du ménage pour déterminer votre taux. Si votre conjoint travaille à l’étranger ou chez un employeur qui ne transmet pas automatiquement ses données, un revenu théorique plafonné à 69’300 CHF (en 2026) lui est attribué. (Source : AFC, circulaire impôt à la source 2026)
Concrètement : si votre conjoint gagne 30’000 CHF, l’administration calcule quand même votre taux comme si le ménage percevait votre salaire + 69’300 CHF. Résultat : un taux trop élevé et un prélèvement excessif. La seule manière de corriger ? Demander une rectification avec le revenu réel du conjoint, ou passer à la TOU.
Combien coûte l’impôt à la source : chiffres par canton
Les taux varient fortement d’un canton à l’autre. Voici l’impôt annuel estimé pour un célibataire sans enfant (barème A), incluant IFD + impôt cantonal et communal (chef-lieu). (Source : AFC, barèmes source cantonaux 2026)
| Salaire brut | Genève (GE) | Lausanne (VD) | Sion (VS) |
|---|---|---|---|
| 60’000 CHF | ~6’900 CHF | ~6’000 CHF | ~5’100 CHF |
| 80’000 CHF | ~13’600 CHF | ~12’000 CHF | ~10’400 CHF |
| 100’000 CHF | ~17’000 CHF | ~15’000 CHF | ~13’000 CHF |
| 120’000 CHF | ~26’400 CHF | ~24’000 CHF | ~20’400 CHF |
L’écart entre Genève et Sion atteint 6’000 CHF par an pour un salaire de 120’000 CHF. C’est le prix du canton. Mais c’est aussi une raison de vérifier votre barème : un barème erroné à Genève coûte plus cher qu’ailleurs.
Attention : ces montants sont des estimations basées sur les taux moyens. L’impôt réel dépend de votre commune de résidence (multiplicateur communal) et de votre situation familiale exacte.
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Rectification : corriger sans changer de système
La rectification permet d’ajuster votre barème ou de corriger une erreur, sans quitter le système de l’impôt à la source. (Source : AFC, ordonnance impôt à la source)
Quand demander une rectification :
- Votre barème est faux (vous êtes au A alors que vous devriez être au B, ou inversement)
- Vous vous êtes marié, avez eu un enfant, ou avez divorcé en cours d’année
- Le revenu théorique de votre conjoint au barème C ne correspond pas à la réalité
- Vous avez des déductions spécifiques (versement 3a, rachat LPP, pension alimentaire versée)
Comment procéder : Remplissez le formulaire de rectification de votre canton et envoyez-le à l’administration fiscale. Le délai est le 31 mars de l’année suivante — passé cette date, aucune rectification n’est possible pour l’année écoulée. La correction est rétroactive : si vous avez trop payé, le trop-perçu vous est remboursé.
Exemple : Sophie, mariée, barème C à Lausanne (VD), salaire de 90’000 CHF. Son conjoint gagne 25’000 CHF en France. L’administration lui applique un taux basé sur un revenu théorique du conjoint de 69’300 CHF. En demandant la rectification avec le revenu réel de 25’000 CHF, Sophie récupère environ 1’800 CHF de trop-perçu.
TOU : passer à la taxation ordinaire pour récupérer ses déductions
La taxation ordinaire ultérieure (TOU) remplace entièrement l’impôt à la source par une déclaration d’impôts classique. C’est un changement de système complet. (Source : LIFD, art. 89a)
Deux cas de figure :
1. TOU obligatoire — si votre revenu brut annuel dépasse 120’000 CHF. L’administration vous contacte automatiquement pour vous demander de remplir une déclaration.
2. TOU volontaire — si votre revenu est inférieur à 120’000 CHF, vous pouvez demander la TOU de votre propre initiative. C’est avantageux si vous avez des déductions que le barème source ne couvre pas assez : pilier 3a, frais professionnels effectifs élevés, rachat LPP, frais de garde d’enfants, intérêts hypothécaires.
Simulation : combien la TOU peut vous faire économiser
Prenons le cas de Thomas, permis B, célibataire, 90’000 CHF brut à Genève (GE).
Sans TOU (barème source A) : Impôt source : environ 15’300 CHF/an
Avec TOU (déclaration ordinaire) :
- Déduction 3a : 7’258 CHF → économie ~2’100 CHF
- Frais effectifs au lieu du forfait : +3’000 CHF de déductions → économie ~870 CHF
- Économie totale : ~2’970 CHF/an
La TOU permet à Thomas de récupérer presque 3’000 CHF. La condition : déposer la demande avant le 31 mars de l’année suivante.
Attention : la TOU est irréversible. Une fois que vous avez choisi la taxation ordinaire, vous ne revenez pas à l’impôt à la source (tant que vous gardez un permis B). Réfléchissez avant de demander — dans certains cas, le barème source est plus avantageux (peu de déductions, revenus accessoires non imposés à la source).
3 erreurs qui coûtent cher aux sourciers
Erreur 1 : ne jamais vérifier son barème. Votre employeur transmet votre situation à l’administration, mais les erreurs existent. Un changement d’état civil non signalé, un enfant né en cours d’année, un conjoint qui a commencé à travailler : tout cela modifie votre barème. Vérifiez votre fiche de salaire chaque janvier.
Erreur 2 : ignorer la TOU quand on a des déductions. Le barème source inclut un forfait pour les frais courants. Mais si vous versez le maximum au pilier 3a (7’258 CHF), si vous avez des frais de formation ou des frais de garde d’enfants, ce forfait ne suffit pas. La TOU vous permet de déduire chaque franc réellement dépensé.
Erreur 3 : rater le 31 mars. C’est la date limite pour la rectification ET pour la demande de TOU. Passé le 31 mars, vous ne pouvez plus corriger votre imposition de l’année précédente. Mettez un rappel dans votre calendrier en février.
Ce qu’il faut retenir
- Vérifiez votre barème chaque année — une erreur de barème (surtout au barème C avec le revenu théorique du conjoint) peut coûter 1’500 à 3’000 CHF
- Le 31 mars est une date non négociable — c’est le délai pour la rectification et la demande de TOU, sans exception
- La TOU est rentable si vous avez des déductions — pilier 3a, frais effectifs, rachat LPP : simulez l’économie avant de décider
- L’écart entre cantons est massif — jusqu’à 6’000 CHF de différence entre Genève et Sion pour un même salaire de 120’000 CHF
- Le permis C change tout — vous passez automatiquement en taxation ordinaire, avec ses avantages (déductions complètes) et ses obligations (déclaration annuelle)
Questions fréquentes
- Qui est soumis à l'impôt à la source en Suisse ?
- Les travailleurs étrangers sans permis d'établissement C sont imposés à la source. Concrètement : les titulaires de permis B (séjour), L (court séjour), et les frontaliers selon le canton. L'impôt est prélevé chaque mois directement sur le salaire par l'employeur. Le passage au permis C entraîne automatiquement le basculement vers la taxation ordinaire (déclaration d'impôts classique). (Source : LIFD, art. 83-84)
- Quelle est la différence entre les barèmes A, B, C et H de l'impôt à la source ?
- Le barème A s'applique aux personnes seules sans enfant. Le barème B concerne les couples mariés dont un seul conjoint a un revenu en Suisse. Le barème C s'applique aux couples mariés dont les deux conjoints travaillent — il intègre un revenu théorique du conjoint plafonné à 69'300 CHF en 2026. Le barème H est réservé aux familles monoparentales. Le choix du barème a un impact direct sur le montant prélevé : un même salaire de 80'000 CHF peut être taxé à des niveaux très différents selon le barème appliqué. (Source : AFC, ordonnance impôt à la source 2026)
- Comment demander la taxation ordinaire ultérieure (TOU) ?
- La TOU se demande auprès de l'administration fiscale de votre canton de résidence, avant le 31 mars de l'année qui suit l'année fiscale concernée. Si votre revenu brut dépasse 120'000 CHF par an, la TOU est obligatoire. En dessous de ce seuil, vous pouvez la demander volontairement pour bénéficier de déductions (3a, frais effectifs, rachats LPP). Attention : la TOU est irréversible — une fois accordée, vous ne repassez pas à l'imposition à la source. (Source : LIFD, art. 89a)
- Un salarié imposé à la source peut-il déduire son pilier 3a ?
- Oui, mais pas automatiquement. Le barème de l'impôt à la source inclut déjà un forfait pour les déductions courantes. Pour déduire un versement 3a (max 7'258 CHF en 2026) au-delà de ce forfait, vous devez demander soit une rectification de barème, soit la taxation ordinaire ultérieure (TOU). Via la TOU, un salarié qui verse le maximum 3a récupère entre 1'500 et 2'800 CHF d'impôts selon son canton et son revenu. (Source : OFAS, barèmes 2026 ; LIFD, art. 89a)
- Barème C : qu'est-ce que le revenu théorique du conjoint ?
- Quand les deux conjoints travaillent, le barème C ajuste le taux d'imposition en tenant compte du revenu total du ménage. Si votre conjoint travaille à l'étranger ou en Suisse chez un autre employeur, l'administration utilise un revenu théorique pour estimer le revenu du ménage. Ce revenu théorique est plafonné à 69'300 CHF pour l'année fiscale 2026. Si le revenu réel de votre conjoint est inférieur à ce montant, vous risquez de payer trop d'impôt à la source — une rectification permet de corriger cette situation. (Source : AFC, circulaire impôt à la source 2026)
- TOU ou rectification : quelle procédure choisir ?
- La rectification corrige un paramètre du barème (situation familiale, barème erroné, déduction spécifique) sans changer le système d'imposition. La TOU remplace complètement l'impôt à la source par une déclaration d'impôts ordinaire. Si vous avez une seule correction à faire (mauvais barème, naissance d'un enfant), la rectification suffit. Si vous avez plusieurs déductions non couvertes par le barème (3a, frais effectifs élevés, rachat LPP), la TOU est plus avantageuse. Les deux ont le même délai : 31 mars de l'année suivante. (Source : LIFD, art. 89a ; AFC)
Dany Santos Grilo
Fondateur de Calcul Suisse · Maturité en économie · Lausanne
Données vérifiées manuellement à partir des sources officielles (OFAS, AFC, OFS). Contenu rédigé avec l'assistance de l'IA et relu avant publication.
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