Entre décembre 2020 et fin 2025, les prix en Suisse ont augmenté de 7,2 %. Ça paraît modeste — jusqu’à ce qu’on le traduise en francs. Pour un ménage avec 8’000 CHF de dépenses mensuelles, c’est 576 CHF de plus par mois pour maintenir le même niveau de vie. Pendant ce temps, la zone euro encaissait une hausse cumulée de plus de 20 %. La Suisse est un îlot de stabilité des prix. Mais même ici, l’inflation grignote.
L’inflation suisse en chiffres : 1990-2026
L’indice des prix à la consommation (IPC) mesure l’évolution du coût d’un panier de biens et services représentatif de la consommation des ménages suisses. Voici l’évolution sur 35 ans. (Source : OFS, IPC)
| Période | Inflation annuelle moyenne | Contexte |
|---|---|---|
| 1990-1995 | 3,3 % | Surchauffe immobilière, crise des années 90 |
| 1996-2000 | 0,7 % | Stabilisation, politique BNS restrictive |
| 2001-2005 | 0,8 % | Faible inflation mondiale |
| 2006-2010 | 1,0 % | Crise financière 2008, brève déflation en 2009 |
| 2011-2015 | −0,3 % | Déflation — franc fort après abandon du taux plancher (2015) |
| 2016-2020 | 0,2 % | Inflation quasi nulle, taux négatifs BNS |
| 2021 | 0,6 % | Début de reprise post-COVID |
| 2022 | 2,8 % | Pic — énergie, chaînes d’approvisionnement |
| 2023 | 2,1 % | Décrue progressive |
| 2024 | 1,1 % | Retour vers la cible BNS |
| 2025 | 0,2 % | Stabilité retrouvée |
La moyenne historique depuis 1990 : environ 1,0 % par an. La Suisse a connu des périodes de déflation (2011-2015) — un phénomène rare dans les pays développés. Le pic de 2022 à 2,8 % était le plus haut depuis 1993.
Dernier relevé et prévisions : deux mesures distinctes
L’IPC d’août 2026 vaut 101.5, base décembre 2025 = 100. Sa variation est de +0.4 % sur un mois et de +0.8 % sur un an. La hausse mensuelle concerne notamment les loyers et les carburants. (OFS, 3 septembre 2026)
Le 18 juin 2026, la BNS a maintenu son taux directeur à 0 %. Sa prévision conditionnelle d’inflation annuelle moyenne est de 0.6 % pour 2026, 0.6 % pour 2027 et 0.7 % pour 2028, sous l’hypothèse d’un taux directeur inchangé. Le chiffre de 0.3 % pour 2026 appartenait à une prévision antérieure. (BNS, examen du 18 juin 2026)
Le financement partiel de la 13e rente AVS par une hausse de TVA doit être soumis au vote le 29 novembre 2026. La hausse de 0.4 point prévue dès 2028 n’est donc pas un taux de TVA déjà applicable au 19 septembre 2026. (OFAS, état du dossier)
Suisse vs zone euro : un monde d’écart
Pendant la crise inflationniste de 2022-2023, l’écart entre la Suisse et ses voisins a atteint des niveaux spectaculaires.
| Année | Suisse (IPC) | Zone euro (IPCH) | Allemagne | France |
|---|---|---|---|---|
| 2021 | 0,6 % | 2,6 % | 3,2 % | 2,1 % |
| 2022 | 2,8 % | 8,4 % | 8,7 % | 5,9 % |
| 2023 | 2,1 % | 5,4 % | 5,9 % | 4,9 % |
| 2024 | 1,1 % | 2,4 % | 2,2 % | 2,0 % |
| 2025 | 0,2 % | ~2,0 % | ~1,8 % | ~1,5 % |
(Source : OFS ; Eurostat)
En 2022, la zone euro affichait 8,4 % d’inflation — trois fois le niveau suisse. Cumulé sur 2021-2025, les prix ont augmenté de ~20 % dans la zone euro contre ~7 % en Suisse. Un ménage qui dépense l’équivalent de 5’000 EUR par mois dans la zone euro paie 1’000 EUR de plus en 2025 qu’en 2020. Le ménage suisse équivalent paie ~360 CHF de plus.
Pourquoi cette différence
Le franc fort. Le CHF s’est apprécié de 15 à 20 % face à l’euro entre 2020 et 2025. Les importations suisses — alimentation, énergie, biens de consommation — sont devenues moins chères en francs. Un produit qui coûte 10 EUR en Allemagne coûtait 10.75 CHF en 2020 mais seulement ~9.30 CHF en 2025.
Le mix énergétique. La Suisse produit environ 60 % de son électricité à partir de l’hydraulique et 30 % du nucléaire. Sa dépendance au gaz naturel est bien inférieure à celle de l’Allemagne ou de l’Italie. Le choc gazier de 2022 a moins frappé les ménages suisses.
La BNS. La Banque nationale suisse a réagi plus tôt et plus fermement que la BCE. Les taux directeurs ont été relevés dès juin 2022. L’inflation n’a jamais dépassé 3 %, permettant à la BNS de desserrer sa politique plus rapidement.
Ce qui a vraiment augmenté : au-delà du chiffre moyen
L’IPC est une moyenne pondérée. Certains postes ont explosé pendant que d’autres restaient stables. Voici les évolutions réelles 2020-2025 pour les principaux postes de dépense. (Source : OFS, IPC par catégorie)
| Poste de dépense | Évolution 2020-2025 | Impact sur un ménage moyen |
|---|---|---|
| Primes LAMal | +30 à 35 % | +100 à 150 CHF/mois par adulte |
| Énergie (électricité, chauffage) | +20 à 40 % | +50 à 100 CHF/mois |
| Alimentation | +10 à 15 % | +60 à 90 CHF/mois |
| Transport public | +5 à 8 % | +10 à 20 CHF/mois |
| Loyers | +5 à 8 % | +50 à 100 CHF/mois |
| Habillement | −5 à 0 % | Stable ou en baisse |
| Électronique, télécom | −10 à −5 % | En baisse |
Le fait que l’IPC officiel affiche « seulement » 7,2 % masque la réalité ressentie par les ménages. Les primes d’assurance maladie — poste le plus douloureux — ont augmenté de plus de 30 % en 5 ans. Un ménage qui payait 800 CHF/mois en 2020 paie plus de 1’040 CHF en 2025. Ce poste seul représente 240 CHF/mois de hausse.
Bon à savoir : les primes LAMal ne sont pas incluses dans l’IPC suisse. L’OFS les traite comme un « transfert obligatoire », pas comme une dépense de consommation. Si elles étaient incluses, l’inflation ressentie par les ménages serait sensiblement plus élevée que les chiffres officiels.
Impact sur l’épargne et la prévoyance
L’épargne liquide perd du pouvoir d’achat
Un compte d’épargne rapporte 0.5 à 1 % d’intérêt brut en 2025. Après impôt sur le revenu (les intérêts sont imposables), le rendement net tombe à 0.3-0,7 %. Avec une inflation même de 0,5 %, le rendement réel est proche de zéro.
Avec un rendement réel supposé de −0.5 % par an, 100’000 CHF valent environ 95’111 CHF en pouvoir d’achat après dix ans : 100’000 × 0.995¹⁰. À +0.5 % réel, ils gagnent au contraire du pouvoir d’achat. Le rendement réel exact se calcule par (1 + rendement nominal net) / (1 + inflation) − 1.
Les rentes AVS : indexation partielle
Les rentes AVS sont ajustées tous les 2 ans selon un indice mixte (50 % salaires + 50 % prix). La dernière adaptation a eu lieu en janvier 2025. Ce mécanisme protège partiellement les retraités — mais avec un décalage. Pendant les périodes de forte inflation, les retraités subissent 1 à 2 ans de perte de pouvoir d’achat avant la prochaine adaptation.
LPP : distinguer vieillesse, invalidité et survivants
Les rentes de vieillesse sont adaptées à l’évolution des prix dans les limites des possibilités financières de l’institution de prévoyance. La décision de la caisse peut donc différer d’une année à l’autre.
Les rentes de survivants et d’invalidité de la prévoyance obligatoire, jusqu’à l’âge ordinaire de la retraite, suivent un régime d’adaptation légal distinct. Au 1er janvier 2026, celles nées en 2022 ont été adaptées de 2.7 %. Une affirmation générale selon laquelle aucune rente LPP ne serait indexée est donc inexacte. (OFAS, adaptation 2026)
Ce qu’il faut retenir
- L’inflation suisse en 2025 est de 0,2 % — parmi les plus basses au monde, après un pic à 2,8 % en 2022
- La zone euro a subi 3× plus d’inflation que la Suisse entre 2020 et 2025 — le franc fort et le mix énergétique protègent
- Les primes LAMal ont augmenté de 30 %+ en 5 ans — le poste qui pèse le plus, et il n’est même pas dans l’IPC officiel
- Le régime LPP dépend du type de rente : vieillesse selon les moyens de la caisse, invalidité et survivants obligatoires selon les adaptations légales
- L’épargne sur compte rapporte moins que l’inflation dans beaucoup de scénarios — le résultat dépend du placement, des frais et du risque accepté
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Pilier 3a : regarder le placement et les frais
L’avantage fiscal du pilier 3a ne garantit pas un rendement supérieur à l’inflation. Distinguez le compte bancaire du placement en titres, puis comparez frais, risque et durée de placement. L’argent reste lié aux conditions de retrait du 3e pilier : il ne remplace pas une réserve disponible pour les dépenses courantes. Le guide des trois piliers replace cette épargne dans l’ensemble de la prévoyance.