Le barème de référence
Aucune autorité suisse ne fixe de montant d'argent de poche. La référence est celle de Budget-conseil Suisse, l'association faîtière des services de consultation budgétaire, relayée par Pro Juventute.
| Âge | Montant recommandé | Fréquence | Équivalent mensuel |
|---|---|---|---|
| 6 ans | 3,00 CHF | par semaine | 13 CHF |
| 7 ans | 4,00 CHF | par semaine | 17 CHF |
| 8 ans | 5,00 CHF | par semaine | 22 CHF |
| 9 ans | 15,00 CHF | par quinzaine | 33 CHF |
| 10 ans | 18,00 CHF | par quinzaine | 39 CHF |
| 11 ans | 20,00 CHF | par quinzaine | 43 CHF |
| 12 ans | 50,00 à 70,00 CHF | par mois | 50 CHF à 70 CHF |
| 13 ans | 50,00 à 70,00 CHF | par mois | 50 CHF à 70 CHF |
| 14 ans | 50,00 à 70,00 CHF | par mois | 50 CHF à 70 CHF |
Deux lectures s'imposent. La colonne de droite ramène tout au mois et rend les montants comparables : on passe d'environ treize francs à six ans à cinquante ou soixante-dix à douze ans. La progression est régulière, sans marche brutale.
Et le passage de la semaine à la quinzaine puis au mois n'est pas un détail administratif : c'est le cœur de l'exercice.
Pourquoi la fréquence compte plus que le montant
Un enfant de six ans ne planifie pas sur trente jours. Lui remettre cinquante francs le premier du mois produit une dépense immédiate, puis trois semaines sans rien — et un apprentissage nul, sinon celui de la frustration.
La progression recommandée allonge l'horizon par paliers. Une semaine à six ans, deux semaines à neuf ans, un mois à douze. Chaque palier demande un peu plus d'anticipation que le précédent, et l'échec y coûte peu.
C'est la raison pour laquelle il vaut mieux respecter la fréquence recommandée que le montant : donner huit francs par semaine à un enfant de six ans reste pédagogiquement sain, lui donner trente francs par mois beaucoup moins.
Les trois règles que les conseillers budgétaires répètent
Ne pas conditionner. L'argent de poche n'est ni un salaire ni une récompense. Le lier aux notes ou aux tâches ménagères en fait une rémunération, et le retirer en cas de problème transforme un apprentissage financier en sanction. Les deux registres se mélangent mal.
Ne pas avancer. Un enfant qui a tout dépensé le mardi attend le lundi suivant. C'est précisément la leçon, et l'avance la supprime. La même règle vaut pour le remboursement anticipé d'un achat regretté.
Ne pas contrôler l'usage. Un achat que les parents jugent absurde reste un achat instructif, à condition que ses conséquences soient supportées. Le seul vrai garde-fou est le montant, pas la surveillance.
Ce que l'argent de poche ne couvre pas
La limite doit être explicite, sans quoi la discussion recommence à chaque achat.
Restent à la charge des parents : les vêtements, le matériel scolaire, les transports, les activités sportives et culturelles régulières, et les frais de santé. Ce sont des besoins, pas des choix.
L'argent de poche couvre ce que l'enfant décide d'acheter en plus : friandises, jeux, sorties, cadeaux. Le budget global d'un enfant est d'un tout autre ordre de grandeur — le calculateur du coût d'un enfant le chiffre.
Chez les adolescents, une variante existe : le budget jeunesse, montant plus élevé qui inclut certains postes jusque-là parentaux — vêtements, abonnement de téléphone, transports. C'est un exercice différent et plus exigeant, qui suppose d'écrire ce qui est inclus et de ne plus y revenir.
Le passage au compte bancaire
La plupart des banques proposent un compte jeunesse sans frais dès l'école primaire, souvent assorti d'un taux légèrement supérieur au compte adulte — ce qui, aux niveaux actuels, ne veut pas dire grand-chose : le relevé des taux servis montre l'ordre de grandeur.
L'intérêt n'est donc pas le rendement mais la visibilité. Un solde qui monte se voit, ce qu'un porte-monnaie ne permet pas. Et la première carte de débit introduit la notion de dépense sans espèces, qui demande son propre apprentissage.
Un point juridique utile : un mineur capable de discernement peut disposer librement de ce que ses parents lui remettent pour son usage personnel. L'argent de poche lui appartient réellement — les parents ne peuvent pas le reprendre.