Demandez à un automobiliste suisse ce que coûte sa voiture : il répondra par le prix du plein. Le carburant est pourtant rarement le poste le plus lourd, et il représente souvent moins du quart de la facture réelle.
Le poste dominant est l'amortissement — la perte de valeur du véhicule — précisément parce qu'il ne fait l'objet d'aucune facture mensuelle.
Deux coûts que l'on oublie
Le capital a un prix, même payé comptant. Une voiture immobilise de l'argent : emprunté, il coûte un intérêt ; avancé, il ne travaille pas ailleurs. Le calcul l'applique au capital moyen sur la durée de détention — la moyenne du prix d'achat et de la valeur de revente, puisque la somme immobilisée décroît à mesure que le véhicule perd de la valeur. Laissez le taux à zéro pour l'ignorer : rien n'est ajouté sans que vous le demandiez.
La décote ne tombe pas également. Le total reste celui que vous annoncez — ce que vous avez payé moins ce que vous en tirerez. Ce qui change, c'est sa répartition : une voiture perd beaucoup la première année et peu la dernière. La courbe suit le taux dégressif de 40 % que l'Administration fédérale des contributions admet pour un véhicule à moteur. Ce n'est pas une mesure du marché — aucune statistique officielle n'en publie — mais c'est le seul taux sourcé qui décrive la forme du phénomène, et il change complètement la lecture d'une revente anticipée.
Les cinq postes, du plus au moins visible
L'amortissement. Une voiture achetée 35'000 CHF et revendue 14'000 CHF après cinq ans a coûté 21'000 CHF, soit 350 CHF par mois avant le premier plein. C'est de l'argent réellement dépensé, simplement constaté une seule fois, au moment de la revente.
Le carburant. Le seul poste dont le prix s'affiche en grand au bord de la route. Le budget carburant le détaille avec les prix officiels relevés par l'OFDF.
L'assurance. RC obligatoire, casco partielle ou complète selon l'âge du véhicule. Le comparateur d'assurance auto montre l'effet de la franchise et du choix de couverture.
L'impôt cantonal et la vignette. L'impôt varie fortement d'un canton à l'autre selon la cylindrée, le poids, la puissance ou les émissions ; la vignette est le seul poste identique pour tous, à 40 CHF par an.
L'entretien et la place de parc. Services, pneus, réparations imprévues, et le loyer d'une place quand elle est facturée séparément — un poste qui, en ville, dépasse parfois l'assurance et l'impôt réunis.
Le chiffre qui change les décisions : le coût par kilomètre
Ramener l'ensemble au kilomètre transforme la façon dont on arbitre. Un coût complet de 60 centimes par kilomètre fait d'un aller-retour de 200 km une dépense de 120 CHF, à comparer au prix d'un billet de train.
Raisonner au seul carburant sous-estime ce trajet d'un facteur trois à quatre, parce que les kilomètres consomment aussi de l'amortissement, des pneus et de l'entretien.
Ce coût par kilomètre est aussi ce qui rend visible l'effet du kilométrage. Une voiture peu utilisée voit ses frais fixes — amortissement, assurance, impôt, parking — se répartir sur peu de kilomètres, ce qui fait exploser le coût unitaire. C'est le cas typique d'une seconde voiture urbaine.
Quand la seconde voiture ne se justifie plus
C'est l'arbitrage où ce calcul change le plus de choses. Un véhicule qui parcourt 5'000 km par an supporte les mêmes frais fixes qu'un véhicule qui en fait 20'000, répartis sur quatre fois moins de kilomètres.
Mis en face d'un abonnement général à 3'995 CHF, complété par quelques locations ou un abonnement d'autopartage, le calcul bascule souvent — à condition de compter le véhicule entier, place de parc comprise, et non ses seuls pleins.
Ce que le calcul ne couvre pas
Trois éléments restent hors du chiffre affiché et méritent d'être connus.
Le coût du financement. Si le véhicule est acheté à crédit ou pris en leasing, les intérêts s'ajoutent. Le comparateur de financement automobile met les trois voies côte à côte, et le calcul de la valeur résiduelle montre où le leasing place la facture.
Le coût d'opportunité. Un achat comptant immobilise un capital qui rapporterait ailleurs.
La déduction fiscale. Les frais de déplacement domicile-travail sont déductibles, plafonnés à 3'200 CHF par an au fédéral, et l'usage de la voiture n'est admis que si les transports publics ne sont pas praticables. La page des déductions par canton détaille les limites.
Calculs liés à cette situation
- Calculateur du coût total du permis de conduire : Émoluments officiels de Genève et du canton de Vaud, leçons, cours obligatoires, formation complémentaire : le budget complet du permis voiture, et le prix d’un échec.