Un financement à 0 % n’est pas un cadeau, c’est un coût de vente. Quelqu’un le paie — et la seule question utile est de savoir si c’est le vendeur, dans son budget marketing, ou vous, sans le voir.
Quatre mécanismes permettent de reconstituer la marge derrière un taux nominal nul.
Les quatre endroits où la marge se cache
Les frais de dossier. Trois cents ou quatre cents francs facturés à la signature, prélevés sur le montant financé. Sur un achat de 15’000 CHF sur 24 mois, 400 CHF de frais représentent déjà un TAEG supérieur à 2 %, alors que le taux nominal affiche zéro.
L’assurance imposée. Une assurance solde de dette à 25 CHF par mois sur 36 mois coûte 900 CHF. Présentée comme facultative mais exigée en pratique, elle n’apparaît pas dans le taux affiché. C’est le mécanisme le plus efficace, parce que le montant se dilue dans la mensualité.
Le prix non négociable. Le taux zéro s’accompagne fréquemment d’un prix affiché ferme, alors qu’un paiement comptant aurait ouvert une négociation. La marge n’est pas ajoutée, elle est simplement conservée.
La remise comptant refusée. Variante plus visible de la précédente : le vendeur consent une remise de 5 % pour un paiement immédiat, mais la retire si vous financez. Sur 20’000 CHF, cette remise perdue vaut 1’000 CHF — davantage qu’un crédit classique à 4 % sur deux ans.
Le test en une question
Demandez le prix comptant.
Si le vendeur applique le même prix dans les deux cas, sans frais de dossier ni assurance imposée, le taux zéro est réel : c’est un coût d’acquisition client que le vendeur assume, et il vaut alors mieux financer que payer comptant, puisque votre argent continue de travailler ailleurs.
Si le prix comptant est inférieur, l’écart est le coût du crédit. Divisez-le par le montant financé et par la durée : vous obtenez le taux réel, celui qui ne figure sur aucun document.
Le TAEG reste la seule mesure comparable
Le taux nominal ne dit rien du coût total. Le TAEG intègre tous les frais qui conditionnent l’octroi du financement, et c’est le seul chiffre qui se compare entre deux offres.
Un financement annoncé à 0 % assorti de 400 CHF de frais de dossier et de 25 CHF mensuels d’assurance obligatoire n’a pas un TAEG de zéro — il se situe couramment entre 4 % et 8 % selon la durée. Le calculateur de TAEG réintègre ces éléments et donne le taux exact par actualisation des flux.
Autre repère utile : le plafond légal. Depuis le 1er janvier 2026, un crédit au comptant ne peut pas dépasser 10 % de TAEG, et un crédit par découvert 12 %. Ces plafonds ont baissé d’un point par an depuis 2024, ce qui a comprimé la marge disponible sur les financements classiques — et rendu les montages à taux zéro d’autant plus attractifs pour les vendeurs.
Vos droits ne disparaissent pas avec le taux
Tout prêt de 500 à 80’000 CHF accordé à un consommateur relève de la loi sur le crédit à la consommation, quel que soit son taux. Un financement à 0 % ne fait pas exception.
Trois protections subsistent donc intégralement :
- l’examen de solvabilité obligatoire avant l’octroi ;
- le droit de révocation dans le délai légal ;
- le droit au remboursement anticipé sans pénalité, avec réduction des intérêts pour la durée non utilisée.
Ce dernier point mérite d’être noté : sur un financement à taux zéro, il n’y a pas d’intérêts à réduire, mais rien n’empêche de solder par anticipation pour se libérer de l’assurance mensuelle qui l’accompagne.
Le cas particulier du leasing promotionnel
Un leasing annoncé à 0,9 % obéit à la même logique, avec un paramètre supplémentaire : la valeur résiduelle.
Un taux promotionnel très bas s’accompagne souvent d’une valeur résiduelle élevée. La mensualité baisse — c’est ce que le client regarde — mais le rachat final coûte davantage, ou la restitution s’accompagne de conditions plus strictes sur l’état et le kilométrage.
Le calculateur de leasing automobile montre l’effet du déplacement : à taux identique, dix points de valeur résiduelle en plus déplacent plusieurs milliers de francs de la mensualité vers la fin du contrat.
Ce qu’il faut retenir
- Un taux zéro se paie par des frais de dossier, une assurance imposée, un prix ferme ou une remise comptant refusée.
- La seule question utile au vendeur est : quel est le prix comptant.
- Le TAEG est la seule mesure comparable, et un financement à 0 % avec frais n’a pas un TAEG nul.
- Le plafond légal est de 10 % pour un crédit au comptant depuis 2026.
- Les protections de la LCC — solvabilité, révocation, remboursement anticipé sans pénalité — s’appliquent quel que soit le taux.
- Un vrai taux zéro existe et vaut alors mieux que payer comptant.
Prochaine étape : avant de signer, entrez le montant, la durée, les frais de dossier et l’assurance mensuelle dans le calculateur de TAEG. Si le résultat dépasse 3 %, le taux zéro n’en est pas un.