La Suisse affiche une dette publique parmi les plus basses d’Europe : ~20 % du PIB. Mais la dette des ménages : 123 % du PIB — parmi les plus élevées au monde. Un paradoxe suisse : l’État est frugal, les citoyens sont endettés. L’explication tient en un mot : l’hypothèque. Les Suisses ne remboursent pas leurs prêts immobiliers — par choix fiscal. Ce système unique crée des statistiques de dette spectaculaires et une fragilité structurelle que la BNS surveille de très près.
1’037 milliards de dettes
En 2024, les ménages suisses cumulaient 1’037 milliards de CHF de dettes (+2.1 % sur un an). (Source : BNS)
| Composante | Montant | Part du total |
|---|---|---|
| Dette hypothécaire | 953 milliards CHF | 92 % |
| Crédits à la consommation | ~8 milliards CHF | moins de 1 % |
| Autres engagements | ~76 milliards CHF | ~7 % |
| Total | 1’037 milliards CHF | 100 % |
92 % de la dette des ménages est hypothécaire. Le crédit à la consommation ne représente qu’une fraction — la Suisse est un pays de propriétaires endettés, pas de consommateurs à crédit.
En face de ces dettes : 3’146 milliards de CHF d’actifs financiers des ménages (+3.9 % en 2024). Le patrimoine net reste largement positif. Le problème n’est pas l’insolvabilité globale — c’est la concentration du risque sur un seul actif : l’immobilier.
Pourquoi les Suisses ne remboursent pas leur hypothèque
Le ratio dette hypothécaire/PIB suisse a plus que doublé en 30 ans, passant de ~44 % à plus de 110 %. La raison n’est pas un surendettement incontrôlé — c’est un choix fiscal.
Le mécanisme
Dans le régime actuel, les intérêts peuvent réduire le revenu imposable selon les règles applicables. Cela ne rend pas la dette gratuite. Les directives ASB reconnues par la FINMA prévoient un amortissement à deux tiers de la valeur de nantissement en quinze ans au maximum. Il peut être direct ou indirect ; la banque peut exiger davantage. Ce n’est ni un plafond légal de 65 %, ni une obligation de passer par le 3a. La réforme du logement au 1er janvier 2029 modifiera les déductions : le raisonnement fiscal doit être réexaminé à cette échéance.
Exemple : un bien à 1’000’000 CHF, hypothèque de 800’000 CHF à 1.5 %. Intérêts annuels : 12’000 CHF, déductibles. Économie d’impôt (taux marginal 30 %) : 3’600 CHF/an. Rembourser l’hypothèque ferait perdre cette économie. Tant que le rendement du capital investi dépasse le taux hypothécaire net d’impôt, le non-remboursement est rationnel.
Ce mécanisme gonfle les statistiques de dette suisses et les rend difficilement comparables avec les pays où l’amortissement complet est la norme (France, Allemagne).
Comparaison internationale : la Suisse au sommet
Ratio dette des ménages / revenu disponible net (OCDE)
| Pays | Ratio |
|---|---|
| Danemark | 248 % |
| Norvège | 241 % |
| Suisse | 222 % |
| Pays-Bas | 222 % |
| Australie | 203 % |
| Suède | 203 % |
| Royaume-Uni | 148 % |
| Japon | 122 % |
| États-Unis | 102 % |
| Allemagne | ~90 % |
(Source : OCDE ; BRI)
La Suisse est au 3e rang mondial pour l’endettement des ménages rapporté au revenu. Seuls le Danemark et la Norvège font « pire » — et pour les mêmes raisons (déductibilité des intérêts, non-amortissement).
Ratio dette des ménages / PIB
La dette des ménages suisses représente 123 % du PIB (2024) — plus du double de la moyenne de la zone euro et du G20. Ce ratio a augmenté de 30 points de pourcentage depuis 2008, porté par la hausse des prix immobiliers et les taux bas qui ont encouragé l’emprunt.
Le paradoxe suisse : dette publique ~20 % du PIB (parmi les plus basses d’Europe), dette privée 123 % du PIB (parmi les plus élevées au monde). L’État est prudent, les ménages sont exposés.
Le marché hypothécaire : 1’271 milliards
Le volume total des hypothèques en cours atteint 1’271 milliards de CHF en 2024 (+2.6 %, soit +32 milliards). (Source : MoneyPark ; BNS)
| Donnée | Chiffre |
|---|---|
| Volume hypothécaire total | 1’271 milliards CHF |
| Croissance 2024 | +2.6 % (+32 milliards) |
| Croissance moyenne long terme | ~3 %/an |
| Part des banques cantonales | >75 % de la croissance nette |
Les banques cantonales ont absorbé plus de 75 % de la croissance nette (+23.3 milliards). UBS (post-fusion Credit Suisse) a réduit son portefeuille hypothécaire d’environ 10 milliards, au titre de sa stratégie de réduction des risques.
Le surendettement : un phénomène réel mais minoritaire
Si la dette hypothécaire est un « bon endettement » (adossé à un actif), le surendettement touche une frange de la population.
Combien de Suisses ont des dettes ?
| Indicateur | Chiffre |
|---|---|
| Population vivant avec au moins une dette | 41 % (2022) |
| Dont leasing automobile | 14.5 % |
| Dont arriérés de paiement | 12.1 % |
| Ménages surendettés | ~15 % (OFS) |
| Nouvelles consultations dette (2024) | 6’242 ménages |
(Source : OFS, SILC 2022 ; Dettes Conseils Suisse)
Le profil type du surendetté
| Donnée | Chiffre |
|---|---|
| Revenu médian des consultants | 4’350 CHF/mois |
| Salaire médian national | 7’024 CHF/mois |
| Dette médiane | 37’370 CHF |
| Dette moyenne | 67’138 CHF |
Les dettes les plus fréquentes chez les surendettés : arriérés d’impôts et arriérés de primes d’assurance maladie. Pas les crédits conso — les impôts et la LAMal. C’est une particularité suisse : les impôts ne sont pas prélevés à la source pour la plupart des contribuables, ce qui crée un risque de retard.
Les causes du surendettement
| Cause | Fréquence |
|---|---|
| Mauvaise planification financière | 59 % |
| Perte d’emploi | 32 % |
| Maladie / invalidité | 25 % |
| Séparation / divorce | 25 % |
Poursuites et faillites : résultats 2025
L’OFS a publié les résultats 2025 le 21 mai 2026. Les catégories suivantes ne s’additionnent pas : elles décrivent des étapes ou des procédures différentes.
| Indicateur | Nombre en 2025 |
|---|---|
| Poursuites engagées | 3’147’160 |
| Commandements de payer établis | 3’031’541 |
| Exécutions de saisie | 1’547’788 |
| Faillites LP d’entreprises | 12’485 |
| Faillites de personnes privées | 1’127 |
Le questionnaire et certaines règles de poursuite ont changé en 2025. Les créances de droit public peuvent désormais conduire à la faillite d’entreprises. L’OFS relie une grande part de leur hausse à ce changement, sans en chiffrer l’effet isolé. Ces nombres ne mesurent ni le nombre de ménages surendettés ni une hausse directement attribuable à l’inflation.
La faillite personnelle existe, mais n’efface pas automatiquement les dettes. Commencez par établir un budget, puis un plan de désendettement. Si une procédure est engagée, consultez le guide de la poursuite.
Crédit à la consommation : plafonds 2026
Depuis le 1er janvier 2026, les plafonds sont de 10 % pour le crédit au comptant et 12 % pour le découvert, selon l’OFJ. Le guide du crédit détaille les mensualités et les alternatives. Ces taux ne préjugent pas d’une décision pour 2027.
Ce qu’il faut retenir
- 1’037 milliards CHF de dettes — dont 92 % en hypothèques, un choix fiscal plus qu’un surendettement
- Ratio dette/PIB de 123 % — parmi les plus élevés au monde, mais dette publique à seulement 20 %
- 41 % de la population a une forme de dette — les arriérés d’impôts et de LAMal sont les plus fréquents chez les surendettés
- Les statistiques 2025 distinguent procédures et personnes ; la collecte révisée impose de la prudence dans les comparaisons.
- La faillite personnelle existe, sans effacement automatique des dettes restantes.
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Réforme de l’assainissement : état au 19 septembre 2026
L’OFJ suit la réforme de l’assainissement des personnes physiques. Une adoption ou une publication législative ne vaut pas entrée en vigueur. Au jour du contrôle, la nouvelle libération des dettes n’est pas une procédure ouverte sur laquelle fonder un plan de remboursement. Les règles actuelles décrites ci-dessus restent la base de cette page ; une nouvelle vérification sera nécessaire à l’entrée en vigueur.