Une situation de surendettement se résout dans un ordre précis, et cet ordre n’est presque jamais celui que dicte l’urgence ressentie. Payer d’abord le créancier qui téléphone le plus souvent est la façon la plus sûre de perdre le contrôle.
La méthode qu’appliquent les services de désendettement suisses tient en quatre étapes.
Première étape : établir le minimum vital
Avant toute négociation, il faut savoir ce dont vous disposez réellement. Le minimum vital au sens de l’article 93 LP se calcule sur des postes précis : le loyer effectif, les primes d’assurance maladie, les frais professionnels, les contributions d’entretien versées, et un montant de base pour l’entretien du débiteur et de sa famille.
Tout ce qui dépasse ce montant est saisissable. Tout ce qui est en dessous est protégé.
Ce chiffre a deux usages. Il fixe le plafond de ce qu’un créancier peut obtenir par la voie de l’exécution forcée — donc le plafond réaliste de toute négociation. Et il révèle souvent que la capacité de remboursement supposée n’existe pas.
Le simulateur de budget mensuel permet de poser les chiffres. Attention à une erreur fréquente : le minimum vital de la poursuite n’est pas le budget de la vie réelle. Il ignore les abonnements, les loisirs, l’épargne et l’amortissement des dettes elles-mêmes.
Deuxième étape : arrêter l’hémorragie
Rien ne sert de négocier un plan si de nouvelles dettes se créent chaque mois.
Trois postes reviennent systématiquement. Les crédits renouvelables et cartes de crédit, dont le taux peut atteindre 12 % depuis 2026 et dont le remboursement minimum ne rembourse presque que les intérêts. Les primes d’assurance maladie impayées, qui déclenchent des poursuites et parfois une suspension de prise en charge. Et les impôts courants, dont l’arriéré porte intérêt moratoire — 4 % au niveau fédéral en 2026.
Sur ces trois postes, deux réflexes valent mieux que tout plan : vérifier son droit aux subsides LAMal, dont le seuil de revenu est plus haut que la plupart des gens ne le croient, et demander une révision des acomptes d’impôt quand le revenu a baissé.
Troisième étape : hiérarchiser les créanciers
L’ordre utile n’est pas celui des montants, c’est celui des conséquences.
Ce qui menace le logement ou la santé d’abord. Un arriéré de loyer conduit à une résiliation, un arriéré de primes à des complications d’accès aux soins. Ces deux dettes se traitent en priorité, quel que soit leur montant.
Ce qui coûte le plus cher ensuite. Une dette de carte de crédit à 12 % grossit deux à trois fois plus vite qu’un arriéré d’impôt à 4 %. À capacité de remboursement égale, éteindre la dette la plus chère fait gagner davantage que réduire la plus grosse.
Le reste en dernier, en particulier les créances déjà constatées par un acte de défaut de biens : elles ne portent pas d’intérêts, ne grossissent plus, et se prescrivent en principe par vingt ans, sous réserve d’interruption. Elles sont, paradoxalement, les moins urgentes.
Quatrième étape : négocier, et se méfier du rachat
La négociation d’un plan de paiement avec les créanciers réussit plus souvent qu’on ne l’imagine, parce qu’un créancier préfère un paiement partiel immédiat à une créance théorique. C’est particulièrement vrai pour les porteurs d’un acte de défaut de biens, qui savent ce que vaut leur titre.
Les services cantonaux et communaux de désendettement mènent cette négociation gratuitement, avec une crédibilité que le débiteur seul n’a pas.
À l’inverse, méfiez-vous du rachat de crédit proposé par les sociétés privées. Regrouper plusieurs dettes en une seule allonge presque toujours la durée : la mensualité baisse, le coût total augmente. L’opération n’a de sens que si elle fait baisser le taux moyen sans allonger la durée, condition rarement réunie quand le taux de départ est déjà proche du plafond légal de 10 %.
Le calculateur de crédit privé permet de comparer honnêtement l’ancien et le nouveau montage, coût total contre coût total.
Quand la négociation échoue
Deux dispositifs judiciaires prennent le relais, dans cet ordre.
Le règlement amiable des dettes fait intervenir un commissaire qui négocie avec l’ensemble des créanciers sous protection temporaire contre les poursuites. C’est la voie privilégiée pour un débiteur disposant d’un revenu régulier.
La faillite sur déclaration d’insolvabilité n’intervient que si le juge constate que tout règlement amiable est exclu, et elle n’efface pas les dettes. Le guide de la faillite personnelle détaille ce qu’elle change et ce qu’elle laisse intact.
Ce qu’il faut retenir
- Commencez par établir le minimum vital au sens de l’article 93 LP : il fixe le plafond réaliste de toute négociation.
- Arrêtez d’abord les dettes qui se créent chaque mois : crédits renouvelables, primes LAMal, impôts courants.
- Hiérarchisez par conséquence puis par taux, pas par montant.
- Les créances sous acte de défaut de biens sont les moins urgentes : elles ne portent pas d’intérêts.
- Le rachat de crédit allonge presque toujours la durée et augmente le coût total.
- Les services cantonaux de désendettement accompagnent gratuitement la démarche.
Prochaine étape : listez toutes vos dettes avec leur taux et leur créancier sur une seule feuille. C’est le document que tout service de désendettement vous demandera en premier, et l’établir suffit souvent à faire apparaître l’ordre à suivre.
Du budget à la procédure
Le budget mensuel mesure le montant soutenable pour une négociation. Si un commandement de payer arrive, respectez les délais du guide des poursuites sans attendre la fin des négociations. Les chiffres de l’endettement apportent un contexte statistique, sans déterminer l’issue de votre dossier.
Réforme de l’assainissement : état au 19 septembre 2026
L’OFJ suit la réforme de l’assainissement des personnes physiques. Une adoption ou une publication législative ne vaut pas entrée en vigueur. Au jour du contrôle, la nouvelle libération des dettes n’est pas une procédure ouverte sur laquelle fonder un plan de remboursement. Les règles actuelles décrites ci-dessus restent la base de cette page ; une nouvelle vérification sera nécessaire à l’entrée en vigueur.