Une partie de votre prime ne paie aucun soin. Elle alimente les réserves de votre caisse, un matelas que la loi impose pour garantir sa solvabilité — sans fixer de plafond.
Cette absence de plafond est la source du débat récurrent sur les réserves « excessives » de l’assurance maladie suisse. Elle explique aussi pourquoi certains assurés reçoivent, certaines années, un remboursement de primes qui ressemble à un cadeau et n’en est pas un.
Les derniers comptes : 8,6 milliards début 2026
Les comptes 2025 publiés par l’OFSP le 2 juillet 2026 font état de 8,6 milliards de francs de réserves au début de 2026. L’excédent de recettes 2025 de 569 millions a été affecté aux réserves : 58 millions proviennent de l’activité d’assurance et 511 millions des placements.
Le total des réserves, leur rapport aux primes et le taux de solvabilité sont trois mesures différentes. Un pourcentage de réserves rapportées aux primes ne doit pas être présenté comme un taux de solvabilité. Pour une caisse précise, contrôlez l’année, le périmètre AOS et le dénominateur du tableau OFSP avant de comparer.
Source : OFSP, comptes annuels 2025.
Ce que la loi impose
La loi sur la surveillance de l’assurance-maladie oblige les assureurs à constituer des réserves suffisantes pour garantir leur solvabilité. Le Conseil fédéral règle le calcul du niveau minimal, qui se fonde sur trois catégories de risques : les risques d’assurance — l’écart possible entre les coûts prévus et les coûts réels —, les risques de marché liés aux placements, et les risques de crédit.
Ce calcul débouche sur un taux de solvabilité, publié chaque année par l’OFSP en septembre, en même temps que les primes de l’année suivante. Un taux de 100 % signifie que l’assureur détient exactement le minimum requis par le modèle ; au-delà, il détient davantage.
Le point qui fâche : aucune disposition légale ne plafonne le montant des réserves. Un assureur peut donc en accumuler bien au-delà de ce que la surveillance exige, sans enfreindre quoi que ce soit.
Les deux mécanismes de correction
La loi et son ordonnance prévoient deux instruments pour corriger, après coup, un écart trop grand entre les primes encaissées et les coûts effectifs.
La réduction volontaire des réserves. Sous les conditions de surveillance, l’assureur verse une compensation sous forme de déduction sur les primes. Elle se distingue du calcul des primes au plus juste et de l’inclusion des revenus de placements dans leur calcul.
Le remboursement des primes encaissées en trop. L’assureur restitue directement une partie des primes d’un exercice donné. Le versement intervient l’année suivant l’exercice concerné — en 2026 pour les primes de 2025.
Dans les deux cas, la décision appartient à l’assureur. L’OFSP l’y incite mais ne peut pas l’ordonner : il encourage les caisses disposant de réserves suffisantes et d’une bonne solvabilité à utiliser tous les outils disponibles pour ramener leurs réserves à un niveau raisonnable.
Comment lire le taux de solvabilité
L’indicateur mérite d’être consulté, à condition de savoir ce qu’il dit et ce qu’il ne dit pas.
Un taux élevé indique des réserves supérieures au besoin minimal calculé selon les risques. Il peut refléter les revenus de placements autant que le résultat d’assurance. Il ne prouve ni des primes excessives ni une meilleure qualité de service.
Un taux proche du minimum laisse moins de marge face aux risques couverts par le modèle. Sa cause doit être recherchée dans les comptes : niveau des coûts, primes, placements et évolution des risques.
L’usage raisonnable est de repérer les extrêmes plutôt que de classer. Une caisse dont le taux s’effondre d’une année à l’autre mérite un regard ; une caisse dont le taux est très supérieur à la moyenne est une candidate au remboursement de primes ou à une baisse tarifaire.
Le site de l’OFSP est la source à utiliser pour vérifier le taux et son année de référence.
Ce que les réserves ne sont pas
Trois malentendus reviennent constamment.
Les réserves ne vous appartiennent pas. Elles sont la propriété de l’assureur. Changer de caisse n’entraîne aucun transfert, aucun décompte, aucune restitution. C’est la différence fondamentale avec le 2e pilier, où votre avoir de prévoyance vous suit d’une caisse de pension à l’autre — un mécanisme détaillé dans le calculateur de libre passage.
Les réserves ne sont pas une épargne individuelle. Aucune part n’est nominative. Un assuré qui n’a jamais rien coûté à sa caisse pendant vingt ans ne récupère rien en partant.
Le mot « réserve » a un second sens, sans rapport. En assurance complémentaire, une réserve désigne l’exclusion d’une affection préexistante décidée par l’assureur lors de la souscription. Ce mécanisme-là n’existe pas dans l’assurance de base, où les caisses doivent accepter tout le monde sans réserve ni délai d’attente. Le guide de l’assurance complémentaire traite ce second sens.
Ce que cela change à votre décision de changer de caisse
Concrètement, peu de choses — et c’est une information en soi.
Les réserves ne créent aucun coût de sortie, aucune pénalité, aucune perte. Le seul élément qui peut bloquer un départ reste une dette impayée : primes, participations aux coûts, intérêts moratoires ayant fait l’objet d’un rappel jusqu’au 30 novembre, ou frais de poursuite non réglés au 31 décembre.
En revanche, le taux de solvabilité publié en septembre arrive exactement au bon moment dans le calendrier de décision. Il tombe avec les primes de l’année suivante, quelques semaines avant l’échéance de résiliation du 30 novembre détaillée dans le guide du changement de caisse.
Une prime élevée mérite une comparaison avec les offres concurrentes. Le taux de solvabilité apporte une autre information : il ne suffit pas à calculer une baisse future ou un remboursement individuel.
Ce qu’il faut retenir
- La loi impose des réserves minimales calculées sur les risques d’assurance, de marché et de crédit. Elle n’impose aucun plafond.
- Deux mécanismes corrigent les excès : la réduction volontaire des réserves et le remboursement des primes encaissées en trop, versé l’année suivant l’exercice concerné.
- Le taux de solvabilité de chaque assureur est publié par l’OFSP en septembre, avec les primes de l’année suivante.
- Les réserves appartiennent à l’assureur. Elles ne vous suivent pas et ne vous sont jamais restituées à la sortie.
- Le mot « réserve » désigne autre chose en assurance complémentaire : une exclusion d’affection, impossible en assurance de base.
Prochaine étape : en septembre, avant de décider quoi que ce soit, regardez le taux de solvabilité de votre caisse sur le site de l’OFSP à côté de sa nouvelle prime. Le comparateur d’assurance maladie donne le second, l’OFSP donne le premier.