Il n'y a pas de fiscalité du bonus
C'est le point de départ, et il déçoit souvent : le droit fiscal suisse ne connaît pas le bonus comme catégorie. L'art. 17 al. 1 LIFD énumère parmi les revenus imposables « les indemnités pour prestations spéciales, les commissions, les allocations, les primes pour ancienneté de service, les gratifications, les pourboires, les tantièmes » — tout cela est du revenu de l'activité lucrative, imposé comme le salaire.
Aucun taux réduit, donc, mais aucune surtaxe non plus. Ce qui produit la sensation d'être lourdement taxé est ailleurs.
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La progressivité, et rien d'autre
Un bonus s'ajoute au salaire. Il n'est donc pas imposé au taux moyen de votre revenu, mais au taux marginal — celui de la tranche la plus élevée que vous atteignez.
L'écart entre les deux est considérable. Sur un revenu de 120'000 francs, le taux moyen peut avoisiner 15 % là où le taux marginal dépasse 25 %. Un bonus de 20'000 francs n'est pas amputé de 15 %, mais de plus de 25 % — avant même les cotisations sociales. Le calculateur ci-dessus affiche les deux taux côte à côte, parce que c'est leur écart qui explique tout.
Le corollaire est utile : plus votre salaire de base est élevé, plus la part du bonus qui vous revient est faible. À revenus modestes, un bonus se garde presque entièrement ; au-delà des tranches supérieures, la moitié part.
Les cotisations sociales, poste par poste
| Cotisation | S'applique au bonus ? | Remarque |
|---|---|---|
| AVS, AI, APG | Oui, sans plafond | 5,3 % pour la part salarié |
| Assurance chômage | Oui, jusqu'au plafond | 1,1 % jusqu'à 148'200 CHF de salaire annuel |
| Accident non professionnel | Oui, jusqu'au gain assuré | Taux propre à l'employeur |
| Prévoyance professionnelle | Selon le règlement | Beaucoup de caisses excluent les éléments variables |
Le poste LPP mérite un mot, parce qu'il est ambivalent. Si le règlement de votre caisse inclut le bonus dans le salaire assuré, la cotisation réduit le net immédiat, mais elle alimente votre avoir de prévoyance et se déduit du revenu imposable : ce n'est pas une perte. S'il l'exclut, le net est plus élevé mais l'avoir ne progresse pas. Le règlement de la caisse tranche la question, pas le contrat de travail.
L'année d'imposition, et la marge qu'elle laisse
Le bonus est imposé l'année de son encaissement, non celle de l'exercice auquel il se rapporte. Un bonus versé en mars 2027 au titre de 2026 relève de la période fiscale 2027.
Ce décalage ouvre une marge, mais étroite. Convenir avec l'employeur d'un versement décalé n'a d'effet fiscal que si l'accord intervient avant que la créance ne soit exigible. Reporter le paiement d'un bonus déjà dû ne déplace pas l'imposition : l'administration retient la date à laquelle le droit est né, et requalifie l'arrangement tardif.
La question vaut d'être posée dans deux situations : une année de revenus exceptionnellement élevés suivie d'une année creuse, ou un départ à la retraite qui fera chuter le revenu l'année suivante.
Les trois façons d'atténuer la pointe
Le rachat LPP. C'est de loin le plus efficace. Un rachat dans la caisse de pension se déduit intégralement du revenu imposable de l'année, et absorbe donc directement la tranche la plus chèrement imposée. Le potentiel figure sur le certificat de prévoyance, et le calculateur de rachat chiffre l'économie. Une réserve : un capital retiré dans les trois ans suivant un rachat fait perdre la déduction.
Le pilier 3a. Plafonné, donc d'effet limité sur un gros bonus, mais toujours bon à prendre s'il n'a pas été alimenté. Le simulateur 3a donne l'économie exacte.
Les déductions de l'année. Frais de formation professionnelle, frais de garde, dons : leur effet est proportionnel au taux marginal, donc maximal l'année d'un bonus. Le guide des déductions oubliées en fait le tour.
Ce qui ne fonctionne pas, en revanche : demander à l'employeur de convertir le bonus en avantage en nature. L'art. 17 al. 1 LIFD vise expressément « les autres avantages appréciables en argent ». Une voiture, un abonnement ou un voyage sont imposables comme le serait l'argent.
Bonus, gratification et salaire variable
Le mot « bonus » recouvre deux réalités juridiques que le droit du travail distingue, et la différence porte sur le droit au versement, pas sur l'impôt.
Un salaire variable — montant déterminé ou déterminable, conditions objectives fixées d'avance — est dû dès les conditions remplies. L'employeur ne peut pas le refuser, et il entre dans le salaire afférent aux vacances.
Une gratification réellement discrétionnaire reste facultative. Mais la jurisprudence limite fortement cette qualification : une gratification versée régulièrement pendant plusieurs années, ou dont le montant représente une part importante de la rémunération totale, se requalifie en salaire. La clause « versement volontaire, sans droit pour l'avenir » ne suffit pas à elle seule à préserver le caractère discrétionnaire.
Deux conséquences pratiques. Un bonus qualifié de salaire reste dû au prorata si le contrat prend fin en cours d'année. Et il compte dans l'assiette des vacances et des indemnités de chômage.
Calculs liés à cette situation
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