Trois opérations, dans cet ordre
Le canton de Vaud ne taxe pas le CO₂ directement, contrairement à Genève. Il taxe la masse et la puissance, puis corrige le résultat par un pourcentage lié aux émissions. La différence de méthode a des conséquences pratiques importantes.
Un. La taxe au poids total. 0,15 franc par kilo jusqu'à 2'500 kg, puis 0,30 franc — le double — par kilo au-delà.
Deux. La taxe à la puissance. 1,60 franc par kW jusqu'à 100 kW, puis 4,00 francs — deux fois et demie plus — par kW au-delà.
Trois. Le rabais ou la majoration CO₂, en pourcentage de la somme des deux.
Les deux seuils intermédiaires sont l'essentiel du barème : au-delà de 2'500 kg et au-delà de 100 kW, chaque unité supplémentaire coûte nettement plus cher. Une berline de deux tonnes et 200 kW n'est pas taxée proportionnellement à une compacte, elle l'est davantage.
Le rabais CO₂, et le piège du cycle d'homologation
C'est ce qui pèse le plus lourd dans le barème vaudois, et ce qu'on manque le plus souvent. Les seuils ne sont pas les mêmes selon la date de première immatriculation, parce que le cycle de mesure a changé.
Le cycle WLTP s'applique aux voitures immatriculées pour la première fois dès le 1er janvier 2021. Il mesure des valeurs plus élevées que l'ancien cycle NEDC pour un même véhicule, et les seuils du barème ont été relevés en conséquence.
| Effet sur la taxe | NEDC — jusqu'au 31.12.2020 | WLTP — dès le 01.01.2021 |
|---|---|---|
| rabais de 90 % | jusqu'à 94 g/km | jusqu'à 117 g/km |
| rabais de 75 % | de 95 à 100 g/km | de 118 à 124 g/km |
| rabais de 60 % | de 101 à 119 g/km | de 125 à 148 g/km |
| aucun ajustement | de 120 à 149 g/km | de 149 à 186 g/km |
| majoration de 15 % | de 150 à 179 g/km | de 187 à 222 g/km |
| majoration de 25 % | de 180 à 199 g/km | de 223 à 247 g/km |
| majoration de 50 % | dès 200 g/km | dès 248 g/km |
L'écart entre les deux colonnes est considérable : une voiture à 130 g/km obtient 60 % de rabais si elle est homologuée WLTP, et rien du tout si elle l'est NEDC. Le même chiffre, le même véhicule à peu près, deux traitements opposés. Vérifiez la date sous la rubrique 32 de votre permis de circulation avant de conclure.
Un exemple chiffré, sur une compacte de 1'800 kg et 110 kW : à 130 g/km WLTP, la taxe tombe à 188 CHF ; à 170 g/km, elle remonte à 470 CHF. Quarante grammes valent 282 CHF par an.
Enfin, si les émissions ne sont pas connues du service, la taxe est majorée de 25 %. Faire enregistrer la valeur réelle est donc rentable dès qu'elle se situe sous le seuil de majoration.
L'électrique, avantagé deux fois
Le canton applique deux mesures cumulables aux voitures 100 % électriques.
Le poids total est réduit de 25 % avant le calcul de la taxe au poids. C'est une correction délibérée : une batterie pèse, et sans cet abattement l'électrique serait pénalisée par la masse qu'elle doit embarquer.
Le rabais de 90 % s'applique ensuite, puisque les émissions sont nulles. La combinaison réduit la taxe à une fraction de celle d'une thermique équivalente — c'est un des écarts les plus francs de Suisse romande.
La loi permet en outre au Conseil d'État d'exonérer totalement les voitures de tourisme électriques pendant une durée déterminée, au maximum 24 mois. Cette faculté est distincte du rabais et se vérifie auprès du service des automobiles au moment de l'immatriculation.
Ce que le canton fait de la majoration
Un détail qui distingue le système vaudois : la majoration CO₂ est affectée. La loi prévoit qu'elle finance une aide individuelle à l'achat de véhicules électriques, le soutien à l'installation de bornes de recharge, et d'autres projets de réduction des émissions liées à la mobilité.
Ce n'est pas une recette générale du budget cantonal : c'est un transfert entre les détenteurs de véhicules les plus émetteurs et ceux qui changent de motorisation. Le calculateur solaire montre l'autre bout de cette chaîne, où recharger en journée change l'équation.
Exonérations et réductions
Exonération totale pour les véhicules de l'État, ceux des services de défense incendie et de secours.
Exonération d'au moins 50 %, sur demande écrite et motivée, pour les véhicules des communes affectés à un service gratuit d'utilité publique, ceux des personnes morales reconnues d'utilité publique, et — le cas le plus fréquent — les voitures des personnes à mobilité réduite ou de leurs proches aidants.
Pour ces dernières, le règlement précise le critère : ne pouvoir se déplacer que sur environ 200 mètres, avec des moyens auxiliaires ou accompagné, attesté par certificat médical. Le taux est total si le détenteur touche des prestations complémentaires AVS/AI ou relève de l'aide sociale, et de 50 % dans les autres cas. L'exonération prend effet au jour du dépôt de la demande, pas rétroactivement.
Vaud, Genève, Valais : trois logiques incompatibles
Les trois cantons romands ne taxent pas la même chose, ce qui rend toute comparaison de barèmes vaine sans passer par un véhicule concret.
Vaud taxe le poids et la puissance, puis module par un pourcentage. Un barème lisse, sans effet de seuil brutal, mais qui pénalise les véhicules lourds et puissants même peu émetteurs.
Genève taxe directement chaque gramme de CO₂, ce qui produit des sauts violents aux frontières de tranches et ignore la masse des thermiques.
Le Valais taxe la cylindrée, ce qui ignore complètement les émissions et avantage les petits moteurs suralimentés, souvent plus émetteurs qu'un grand moteur atmosphérique moderne.